Investit auprès de la Commission Fédérale d’Athlétisme Handisport depuis près de quinze ans, Eric MARTIN est aujourd’hui en charge des Courses Hors Stade. Ce bénévole de toujours compte parmi les cadres les plus actifs et les plus appréciés au sein de l’équipe de France. Alors que la saison « hors stade » 2006 vient de s’achever, il revient pour nous sur son action et ses projets pour 2007.
Arnaud DAVIRE : Depuis combien de temps es-tu à la tête de la Commission Course Hors Stade ?
Eric MARTIN : Je m’occupe du Marathon de Paris depuis 1998, on m’a naturellement proposé de gérer la Commission Courses Hors Stade en 2002.
Quelle place occupe ce secteur d’activité au sein de l’athlétisme handisport français ?
Le calendrier des courses hors stade mobilise une cinquantaine d’athlète qui n’ont pas d’autre motivation.
Les athlètes en fauteuil sont-ils les seuls concernés par les courses sur route?
Dans les faits les athlètes en fauteuil ne représentent pas la totalité des coureurs « hors stade ». On développe depuis deux ans, à titre expérimental, un classement des athlètes « debout » sur la Coupe de France. On entend par athlètes « debout », les déficients visuels, les hémiplégiques et les amputés.
La Commission Course sur Route communique beaucoup autour du Challenge Farid Amarouche* (Nom de baptême de la Coupe de France) et du Marathon de Paris. Quelles sont les autres actions de cette commission?
La vocation de la Commission est d’établir un calendrier d’épreuve FFA ouvertes aux athlètes en fauteuil. Ce sont des épreuves qui offrent toute les garanties de sécurité pour la pratique en fauteuil. On établit également un calendrier de stages ouverts à la fois aux débutant et aux athlètes de niveau national et international. La gestion de la Coupe de France implique également la sélection des courses recevant ce label.
Comment est né le Challenge Farid Amarouche et dans quel but ?
A l’origine, en 2002, l’objectif était de dynamiser au niveau national le calendrier des courses sur route en regroupant des épreuves offrant toutes les garanties nécessaire pour la pratique en fauteuil. Pour ce faire nous avons élaboré un cahier des charges que chaque organisateur désirant intégrer la Coupe de France doit respecter. Il concerne aussi bien le parcours et l’encadrement technique que l’hébergement et l’accueil en général.
Comment est financé ce Challenge ?
Le Challenge est doté de primes depuis deux ans. Celles-ci sont financées par la Commission Fédérale d’Athlétisme. Les organisateurs de chaque épreuve s’engagent à respecter le cahier des charges qui prévoit des modalités d’accueil particulier notamment pour l’hébergement et la sécurité du circuit.
Comment évolue ce Challenge ?
En terme d’effectif, malheureusement, on constate une baisse. Ceci est dû aux difficultés que rencontrent certains athlètes pour financer leurs déplacements. La fatigue induite par les voyages souvent longs et réalisés la veille des épreuves limite également la participation de certains athlètes. Cependant un noyau dur reste fidèle à cette épreuve. D’autre part on subit également la concurrence de disciplines telle que le Handbike plus facile d’accès et moins exigeantes sur le plan physiologique pour le débutant.
L’autre épreuve phare de la saison sur route est le Marathon de Paris. Peux-tu nous en parler ?
Le Marathon de Paris est un des plus grand marathon du monde. Depuis cinq ans, les meilleurs athlètes mondiaux en fauteuil répondent présent. Les français ont alors l’opportunité de se frotter aux meilleurs. Cela en fait une très belle épreuve malgré les difficultés du parcours. Par ailleurs on a réussit à mettre en place au fil des ans des prestations dignes des plus grands marathon du circuit international.
Au niveau de l’organisation, quelle est le rôle d'Amaury Sport Organisation (ASO)?
Cette épreuve est un plus pour ASO, elle finance donc une grande partie de l’opération. La logistique est assurée par le Comité Régional Handisport d’Ile de France (CRHIF) en partenariat avec la Commission Fédérale d’Athlétisme.
Il semble que la participation des athlètes en fauteuil n'évolue pas beaucoup. Qu’en est-il réellement ?
Le nombre de participants stagne en effet à une trentaine d’athlètes engagés. C’est d’ailleurs le cas de tous les grands marathons. Cependant le plateau est qualitativement un des meilleurs du monde. Le grand public se souvient des multiples victoires de Joël JEANNOT. Des athlètes de très haut niveau comme Ernst VAN DYCK, Denis LEMEUNIER, Saul MENDOZA ou Heinz FREI qui font régulièrement le déplacement donnent une crédibilité certaine à cette épreuve sur le plan mondial.
Pense tu possible qu’un jour le marathon de Paris attire autant d’athlète que le marathon d’Oita au japon où près d’une centaine d’athlète prend le départ chaque année?
Le but est effectivement d’avoir un peloton le plus important possible. Or à la différence d’Oita le marathon de Paris est une épreuve de masse dédiées au valides ce qui nous oblige à imposer des contraintes chronométrique au dessus desquels on ne peut accepter les inscriptions des athlètes en fauteuil pour des questions de sécurité. Au-delà de 3H00, un athlète en fauteuil serait pris dans la masse des coureurs à pied ce qui est très dangereux. Le challenge actuel est de faire venir plus de femmes.
Pourquoi ne se déplacent elles pas en plus grand nombre actuellement ?
Les données pour les femmes sont différentes de celles des hommes. D’abord elles ne peuvent pas enchaîner les marathons comme le font la plupart des hommes à haut niveau. Or le marathon de Paris est souvent placé près du marathon de Londres ce qui les obligent à faire un choix. De plus les meilleures athlètes du monde se situent sur des régions géographiques où l’entraînement sur la route est parfois impossible à cette période de l’année comme c’est le cas pour le Canada.
Les opportunités de courir sont plus nombreuses sur la route que sur la piste pour les athlètes en fauteuil. La route est-elle de ce fait un lieu privilégié pour repérer les jeunes talents ?
Un débutant ne va pas spontanément sur un 10 kilomètres. Il lui faut d’abord avoir un minimum d’entraînement qu’il acquiert généralement au sein d’un club. Ce sont ces clubs qui sont en première ligne pour détecter les talents. Des clubs comme Bourgouin Jallieu ou Gonfreville l’Orcher sont à ce titre d’excellents réservoirs.
Quels sont les projets de la Commission Courses hors stade ?
On a mis en place l’organisation d’un championnat de France de 10 Kilomètres pour 2007. On souhaite par ce biais ouvrir la Coupe de France à des athlètes plus jeunes en créant un classement sur cette distance ouvert au moins de 23 ans. On souhaite également multiplier le nombre d’épreuve appartenant au challenge afin que chacun puisse avoir un nombre appréciable d’épreuves disponible le plus près possible de chez soi, ceci dans le but de fidéliser un peu plus les athlètes.
Propos recueillis le 05 décembre 2006.
*Décédé en 2002, Farid Amarouche a fait parti des piliers de l’équipe de France d’athlétisme handisport au début des années 90.